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LES ENFANTS D’IZIEU
CD MFA 216003 (Collection MFA-Radio France - Musique Française d’aujourd’hui)

Cette pièce éblouit dans l’infinie durée de la douleur, transcendée par ce que le poète anglais Keats appelait " le puissant concept abstrait de la Beauté ". J. N. Von der Weid (Info-Matin)

Une musique superbe par sa richesse ,sa liberté et sa " sauvagerie ". Benjamin Duvshani (L’Arche)

... L’émotion poignante de cette oeuvre profane... O. T. (Le Point)

Cet oratorio splendide a saisi ses premiers auditeurs... Alain Lompech (Le Monde)

C’est le bouleversement intérieur, celui des âmes, par l’irruption de la barbarie, que Dao sait peindre avec finesse... Jacques Doucelin (Le Figaro)

L’art d’un grand musicien et l’émotion d’un enfant... J. Ph. Mestre (Le Progrès)

C’est une oeuvre sans concession, tragique, tendue à craquer... Bruno Serrou (La Croix)

Créé à La Chartreuse, l’opéra-oratorio de N. T. Dao, d’emblée, prend place au rang des grandes partitions inspirées par l’horreur, ancienne et toujours vivante... Un titre vient de s’ajouter à [cette] liste de chefs-d’oeuvre... Gabriel Vialle (La Marseillaise)

Un événement dont la puissance émotive et le pouvoir de dénonciation sont à la mesure de cette tragédie... La gazette provençale

la musique est forte, haletante mais écarte tout pathos... Claude Ollivier (Témoignage chrétien)

Aucun spectateur ne put cacher son émotion à l’écoute de cet opéra-oratorio aux couleurs sonores évocatrices sans tomber dans un réalisme banal... (Actualités juives)


SUD-VIETNAM HEROÏQUE
Né à Hanoi en 1940, venu en France en 1953 (avant les accords de Genève, Dao Nguyen Thien - élève de première année du compositeur Olivier Messiaen - est certainement le premier jeune musicien vietnamien à avoir remporté le prix de composition pour son oeuvre Thanh dong To quoc (" Le Mur d’airain de la patrie " ou " Sud-Vietnam héroïque ") évoquant la guerre au Vietnam. Sa partition pour récitant, voix de soprano, quatre pianos, ondes Martenot, une marimba, cinq percussions et choeur parlé apparaît comme une création des plus expressives, malgré sa courte durée, et la synthèse exemplaire des moyens instrumentaux et vocaux. Elle pose clairement le problème de l’engagement de l’artiste contemporain. " Sud-Vietnam héroïque " sera joué au prochain festival de Royan. " Je dois dire que mon oeuvre n’est pas un travail de propagande. J’ai simplement voulu exprimer la souffrance et la lutte héroïque du peuple vietnamien contre ses agresseurs ; ce n’est pas davantage une oeuvre antiaméricaine. Le peuple vietnamien ne se bat pas contre celui des Etats-Unis, mais bien contre ceux des Américains qui font profession de nous asservir et de nous exterminer. Cela, mon maître Messiaen l’a parfaitement compris et je suis heureux qu’il ait pu me guider et me soutenir dans l’élaboration de ma partition. Lui avoir dédié mon oeuvre, c’est en quelque sorte le remercier d’avoir établi entre nous ce courant de sincérité ; car tout artiste doit être sincère, envers lui-même, envers ce qu’il crée ; c’est une nécessité absolue. Pour Messiaen, être sincère, c’est faire de l’expression musicale la matière la plus susceptible d’approcher un idéal donné : sa profonde croyance en Dieu. Chacun choisit sa propre voie... Quant à moi, je place ma foi au service de l’homme et, partant, au service du peuple ; en fait, toute oeuvre d’art, dans la mesure où elle pressent l’homme, est une oeuvre engagée. Pouvoir se dégager de soi-même et aller au coeur des êtres et des choses... Tirer l’événement de plus loin, de plus haut ; c’est à l’artiste, en partant de la réalité la plus quotidienne, qu’il appartient de faire le point, mais une réalité rendue plus générale, plus universelle, d’autant plus que les problèmes qui, dans notre civilisation, se posent à certaines nations, peuvent concerner aussi les autres. Lorsque Nono a écrit Parce que la forêt est jeune et pleine de vie (d’après le mot d’un guerillero angolais), fresque expérimentale dédiée au Front national de libération du Vietnam, il visait plus à condamner la civilisation de l’argent et de l’escalade que l’événement lui-même, aussi important soit-il. En tirant la chose vécue hors de l’espace et hors du temps pour la rapprocher des préoccupations éternelles de l’homme, il a réellement fait oeuvre d’art, dans le sens d’un dépassement complet, d’une véritable re-création. A ce propos, Nono a pu dire en substance : " Ce n’est pas seulement l’absurdité et les horreurs de l’agression américaine que j’ai voulu dénonce, c’est aussi la cruauté aveugle de toutes les dominations, de toutes les répressions, les violences barbares auxquelles conduit la civilisation de l’argent, le danger que font peser sur nous toutes les escalades de quelque nature qu’elles soient, la grande peur atomique qui plane sur ce siècle... En fait, si beaucoup d’artistes, musiciens, peintres et poètes, se sont sentis concernés par la guerre du Vietnam, c’est qu’à l’heure actuelle, ce petit pays apparaît comme le symbole de la lutte pour la liberté de l’homme. Il ne s’agit donc pas seulement de la liberté d’un peuple qu’on appelle les Vietnamiens, mais celle de l’humanité tout entière. Dans Sud-Vietnam héroïque, je retrace d’une façon concise - dramatiquement parlant - l’évolution du Vietnam depuis 1945, c’est-à-dire depuis la première guerre de résistance contre les colonialistes français, jusqu’à la victoire de Dien-Bien-Phu. zones de l’oeuvre - chacune ayant son unité propre - j’ai voulu, au-delà du chant et du parlé, tirer le maximum d’expression de la voix humaine jusqu’à faire de celle-ci la conductrice du drame, afin que l’intensité de l’évocation poétique soit rendue plus compréhensible et que la signification profonde de l’oeuvre puisse être sentie dans son essence même. Ainsi la métrique poétique est-elle d’importance dans le rythme de la partition et ce n’est pas un hasard si, à un certain moment, je me suis servi - d’une part - de fragments d’un poème de To Huu (notre plus grand poète contemporain, actuellement au comité central du parti des travailleurs) ; fragments déclamés selon une tradition en vigueur depuis des milliers d’années et, d’autre part, dans une autre zone, d’un complexe déclamatoire allant dans le sens de la modernité : phrases, mots clés, soupirs, rires, cris, halètements..., interprétés par une soprano dramatique et qui mettent en valeur les possibilités de l’émission de la voix humaine. On peut entendre notamment (en français) des bribes de phrases aussi significatives que celles-ci : " Enfants calcinés ", " villages incendiés ", " dors, mon enfant... le bruit des bombes à billes te percent "..., ou bien tout simplement, " B 52 ", " B 52 ", mots clés, courts, qui frappent l’oreille comme l’imagination et qui, précisément, sont à même d’exprimer brusquement la souffrance. Cependant, mon but ne serait pas atteint si cette " zone " de douleur n’était pas suivie d’un chant populaire d’amour dans lequel le lyrisme optimiste de la mélodie peut expliquer d’une manière générale la croyance inébranlable du Vietnamien en l’homme et en la vie, par tradition, par nécessité historique. Ainsi la dernière " zone " de mon oeuvre symbolise-t-elle la IIe révolution au Sud-Vietnam le 20 décembre 1960... Je souhaite que cette musique aille encore plus loin... vers la victoire finale.......matériel sonore, ou plut ôt la recherche sonore, ne doit jamais être gratuite car il ne s’agit pas " d’épater le bourgeois " ; elle est un moyen, non une fin en soi ; elle doit être fonction et dépendante d’une idée profonde. Etre un artiste contemporain authentique, c’est trouver de nouveaux moyens d’expression et de communication au service de l’homme, car ce matériau neuf n’a de valeur que dans la mesure où il peut justifier son existence même par rapport à l’individu dans la société ; dans la mesure où il peut aider l’être humain à se trouver par la conquête de lui-même. Ainsi le créateur et le peuple doivent-ils marcher ensemble, travailler dans le même sens. L’art doit être un hommage perpétuel rendu au peuple. D’ailleurs, qui donc irait écrire une oeuvre d’art en hommage à Johnson, Nixon et leurs acolytes " Serge Galibi - Lettres Française s- Entretien -Spectacles

Au Festival de Royan - Nguyen Thien Dao
Les oeuvres modernes à Royan sont si nombreuses qu’il faut se résigner à ne parler que des plus marquantes. Un nouveau sommet du festival fut atteint mercredi avec l’admirable concert du quatuor Parrenin, au programme difficile mais porté par la véritable ferveur du public très jeune pour une grande part qui déborde de toutes les salles. Pour le Vietnam Royan à connu, d’autre part, un moment d’émotion ou plutôt d’attendrissement sympathique avec la création de Tuyen-La pour flûte, quatuor et percussions, oeuvre commandée par la ville de Royan, d’une Vietnamien de vingt-huit ans, Nguyen Thien Dao, élève de Messiaen. En France depuis 1953, le jeune compositeur n’en a pas moins gardé un culte pour sa patrie meurtrie et lui fait hommage, ici, d’une oeuvre où il utilise des instruments et les procédés de l’avant-garde européenne ; ce langage il le parle un peu maladroitement, mais avec beaucoup de fraîcheur, une émotion visible. Les musiciens, selon les bonnes recettes, jouent sous le chevalet, frappent des pieds, se promènent, prennent un air accablé à la fin de divers morceaux. Gongs, timbales, retentissent avec violence ; il y a force pizzicati, glissando, quarts et trois quarts de ton, mais tout cela prend un air neuf, vibre comme des hymnes, recèle d’obscurs combats contre l’envahisseur, s’éclaire enfin par le collage un peu brutal d’un chant de musique traditionnelle vietnamienne. Un triomphe a salué cette oeuvre de foi. Ce déchaînement d’enthousiasme s’explique sans aucun doute comme une manifestation de sympathie pour le Vietnam. Puisse-t-il ne pas fourvoyer Nguyen Thien Dao, qui, malgré un réel talent, a encore fort à faire pour s’élever à la maîtrise d’un Isang Yun. Le Monde 4-04-69 - Jacques Lonchampt

Musiques nouvelles au VIe festival de Royan Ce " salon " de la musique moderne était " une folie ". La folie a réussi. Cette année, on refuse du monde... _ La grande attraction de cette soirée est la création d’une oeuvre de Nguyen Thien Dao, jeune compositeur vietnamien nouveau venu qui, au sortir de la classe d’Olivier Messiaen, donne déjà plus que des promesses en dépit de quelques inégalités et facilités : sa suite de six pièces pour flûte, quatuor à cordes, piano et percussions intitulée Tuyen-Lua impose une personnalité très en relief qui est non seulement celle d’un artiste extrêmement raffiné, mais aussi d’un musicien généreusement doué et possesseur d’un tempérament puissant et dynamique ; alors même qu’il utilise certaines formules, certains clichés " à la mode ", il le fait toujours avec un accent incisif et très personnel. Dans une grande mesure, Nguyen Thien Dao aura été une des principales révélations du festival 1969. Voilà quelqu’un dont je souhaite réentendre bient ôt la musique. Petit bonhomme, grande nature, on peut, je crois, en attendre beaucoup. Le Figaro littéraire, Avril 1969 - Claude Rostand

Au Festival de Royan enthousiasme et émotion pour un triomphe signé Gazzelloni Succès musical mais aussi et surtout succès personnel d’interprètes de premier plan. On pouvait croire que la " performance " Gazzelloni allait constituer le meilleur du concert. Aussi incroyable que cela paraisse, nous avons eu droit à un " clou du spectacle " absolument inattendu : la création de " Tuyen-Lua " du jeune compositeur vietnamien (des " deux " Viêt-nam) Nguyen Thien Dao. Il s’agit d’une " petite suite " de sept courtes pièces pour quatuor à cordes, flûte, piano et percussion. L’écriture en est raffinée, brillante et efficace. Le tonitruant final valut à l’auteur un véritable triomphe. Très ému, pleurant de joie, il tint à accoler tous les membres du Quatuor Parrenin, Gazzelloni, Jean-Pierre Drouet et J.-R. Kars qui avaient défendu son oeuvre avec vigueur. L’enthousiasme fut si communicatif que le final fut bissé dans la jubilation générale et que tout le monde est sorti du concert absolument ravi. La France, la nouvelle république 2.04.1969 - Gérard Zwang

Cris déchirants, chuchotements et soupirs Tentée dans le cadre troglodytique de " l’Espace Pierre Cardin ", l’expérience de la musique contemporaine, souvent ingrate, risque de devenir traumatisante : Genesis, de Gorecki, donnée par l’ensemble " Ars Nova " en première audition, n’offre en outre rien de rassurant : tous les dispositifs d’alarme inspirés par le monde moderne - pompiers, sirènes, etc... - s’y succèdent à un rythme trépidant. Dans la troisième partie, la soprano exhale, d’ailleurs en des cris déchirants, sa douleur d’appartenir à ce monde terrifiant. Les chants de Tse-Yeh, de Didier Denis, sous replacent au contraire dans une atmosphère poétique très séduisante où la musique s’intègre exactement à la magie du verbe. L’oeuvre la plus marquante de ce survol de trois jeunes musiciens est sans doute Nha, du compositeur vietnamien Dao. Il y révèle une palette de sons d’une subtilité inouïe, où les soupirs étirés à l’infini, les silences savamment dosés, le chuchotements vocaux et musicaux créent un univers captivant, trop raffiné sans doute pour nos oreilles occidentales. L’exécution en paraît particulièrement redoutable pour les instrumentistes : saluons surtout la persévérance de Jacques Wiederker, qui est parvenu à conserver son violoncelle miraculeusement intact jusqu’à la fin de cette épreuve, et les performances des contrebassistes, chargés, à leurs moments de loisirs, de manoeuvrer gongs, bambous et moulins. Le Figaro, 23.02.71 - J. T.

...Dao à l’Espace Cardin
Nho, de Nguyên-Thiên Dao (1940), ce compositeur vietnamien révélé au Festival de Royan, débute de façon ravissante et se perd malheureusement ensuite de façon inexplicable. Le solo de violoncelle de Jacques Wiederker, en notes très intenses plongeant dans le grave, montant en glissando, se taisant puis émergeant à nouveau comme de rares fleurs, s’alliait à merveille avec les lentes et très amples arabesques de la voix de Bernadette Val, en un langage d’un lyrisme neuf, malgré quelque abus des moyens actuels (frappés du pied, archet sur la tige de soutien, toux, cris, exercices respiratoires). Mais l’entrée en jeu de cinq contrebassistes, faisant également fonction de percussionnistes, donne lieu à l’interminables et évanescentes variations, brouillant la belle image initiale. Le Monde, 25 février 1971 - Jacques Lonchampt Quintuple de Jacques Delecluse (qui dirige cette formation de cinq batteurs), apparaissait un peu comme une mise en train dans une présentation en trois parties des instruments " comme à la parade ". œuvre à " message " personnalisée par de discrètes bouffées de couleur locale (bambous entrechoqués, déchirements lancinants de cymbales groupées), Bat Khuat (l’ " indomptable "), du Vietnamien Dao, donnait ensuite plus de champ à l’imagination. La première partie, où une sorte de chaos de la matière s’enrichit de silence, d’un expressionnisme plus modéré que la seconde, semble ainsi tout entière parcourue par le frémissement d’une nature hypersensible. Le Monde, 22 mai 1971 - Anne Rey

Un élève de Messiaen : Dao
Le compositeur vietnamien Dao vient d’enregistrer sa dernière oeuvre, " Koskom ", qui lui avait été commandée par le Ministère des Affaires culturelles. Les producteurs de " Musique en 33 tours " l’ont rencontré. Ils l’ont fait parler de sa musique, de ses recherches, de sa rencontre avec la musique occidentale au cours des répétitions de " Koskom ". Participent à l’émission : Olivier Messiaen, organiste, compositeur, professeur au Conservatoire National de Musique de Paris. Tran Van Ke, musicologue chargé de recherches au C.N.R.S. L’Orchestre Philharmonique de l’O.R.T.F. sous la direction de Marius Constant. Au programme une répétition de " Koskom ". Extraits de musique traditionnelle vietnamienne. N’Guyen Thien Dao, né à Hanoi il y a 32 ans, vit en France depuis l’âge de 14 ans. Il a étudié au Conservatoire de Paris, chez Olivier Messiaen qui a dit de lui : " il est actuellement ce qu’il y a de plus avant-garde dans la musique ". Dao se réclame uniquement comme un disciple d’Olivier Messiaen. S’il reste attaché à la musique traditionnelle vietnamienne, il est surtout porté vers des formes nouvelles et des recherches perpétuelles débouchant principalement sur l’invention d’un rythme extra humain ne découlant pas du rythme cardiaque avec des temps très lents et très rapides, mais jamais avec des temps moyens. 1ère chaîne, Dimanche 30 Avril 1972 - Musique en 33 tours. Emission de Jacqueline Muller et Gérard Guillaume. Réalisation Gérard Guillaume. Malgré la guerre, la musique vietnamienne continue de vivre. Dans des conditions difficiles, il est vrai : les jeunes ne peuvent pousser très loin leurs études musicales, le Conservatoire travaille sous terre. Chargé de recherches au CNRS, M. Tran Van Ke, musicologue qui parle de la musique en poète, nous dira les beautés de la musique de son pays. Mais l’émission sera surtout consacrée à un jeune musicien de trente ans, N’Guyen Thien Dao. Musicien transplanté, puisqu’il vit en France depuis l’âge de quatorze ans et qu’il a fait ses études au Conservatoire de Paris. Il vient d’enregistrer sa dernière oeuvre " Koskom ". C’est un élève d’Olivier Messiaen qui dit de lui : " Il est ce qu’il y a de plus à l’avant-garde de la musique ". En lui se rencontrent en effet la musique traditionnelle de son pays et la musique occidentale dans ce qu’elle a de plus élaboré. C’est d’ailleurs son problème : " Je voudrais, dit-il, rester profondément un musicien vietnamien tout en poussant le plus loin possible mes recherches formelles. " Avec " Musique en 33 tours ", nous verrons que cette ambition est difficilement réalisable. (Dimanche, 12h 30, 1ère chaîne) N. D. Huma Dimanche, 15.2.1972

12h 30 MUSIQUE EN 33 TOURS : Un élève de Messiaen : Dao
Emission de Jacqueline Muller et Gérard Guillaume. Interview de N’Guyen Thien Dao, trente ans, qui vit en France depuis l’âge de quatorze ans et fut l’élève de Messiaen au Conservatoire. Il est actuellement une des chefs de la musique d’avant-garde. Avec la participation d’Olivier Messiaen, compositeur, professeur au Conservatoire National de Musique de Paris ; Tran Van Ke, musicologue, chargé de recherches au C.N.R.S. ; l’Orchestre Philharmonique sous la direction de Marius Constant.

UN ELEVE DE MESSIAEN : DAO
N’Guyen Thien Dao a 30 ans et vit en France depuis l’âge de 14 ans. Il a étudié au Conservatoire de musique de Paris et fut l’élève de Messiaen qui dit de lui : " il est actuellement ce qu’il y a de plus avant-garde dans la musique ". Il parle de sa musique, de ses recherches, de sa rencontre avec la musique occidentale et de son attachement à la musique traditionnelle de son pays : Le Vietnam. Au programme : - Extraits musicaux chantés par la Chorale vietnamienne € Répétition de " Koskom ", une composition de N’Guyen Thien Dao € Extraits de musique traditionnelle. Participation à cette émission : - Olivier Messiaen - Tran Van Ke, musicologue et chargé de recherches au C.N.R.S. - L’Orchestre Philharmonique de l’O.R.T.F., sous la direction de Marius Constant.

N’GUYEN-THIEN-DAO TUYEN LUA (New and Newer Music-Tully Hall-May 22, 1973) Music : "New and Newer" by Allen Hughes Of the five works in this program, only one - Nguyen Thien Dao’s "Tuyen lua " - gave any hint at all that anything other than Western music had ever been known in Asia. In the midst of six short pieces in a modern and, to us, familiar, style this former student of Olivier Messiaen inserted a tape recording of traditional Vietnamese music, while observing in a program note that it was "in relation to the rest, out of time and space ". As it happened, Mr. Dao was the one composer of the group who had achieved the most personal statement in his music, and his word should be a welcome addition to most any program. New York Times, May 24, 1973

DAO
Petit mais enflammé, méditatif mais nerveux, il cherche le vrai silence, loin des "murs de sons ", comme dirait Takemitsu, il cherche le rythme profond et cette communion avec ce qui est au delà du réel dans la nature transparente. Au Viet-Nam les guerrilleros ont tous sur eux un petit carnet ; ils y griffonnent des poèmes, naïfs ou violents, paisibles ou inquiets. Dao écrit à partir du coeur et ce ne fut pas sans effroi, lorsqu’il vint en France il y a vingt ans, lorsqu’il voulut se donner tout entier à la musique, inséparable de sa vie, alors que son père lui avait fait faire des études de médecine, " comme souvent là-bas "... - C’est Messiaen qui m’a révélé à moi-même, alors que j’étais désespéré, que je pensais tout abandonner. Messiaen qui n’impose pas, mais qui est le vrai maître, celui qui vous montre la voie à vous. Mon esthétique être soi-même à cent pour cent, tout en restant ouvert à toutes les tendances. A Royan plusieurs créations de Dao ont impressionné ceux qui écoutaient. - Déraciné un peu... Ecartelé entre la musique orientale et la musique occidentale Je ne sais pas. Tout cela est sans doute bénéfique. De l’inquiétude, de l’angoisse traversée, on se relève solaire. A La Rochelle il va pour la première fois diriger une oeuvre en création " La mère Viet-Nam " Ba Me Viet-Nam. Il va aussi chanter comme il a chanté au micro de France-Culture, aux après midi, en avant première pour nous. La main levée légèrement, la voix-cri, la voix murmure, la voix retenue, lâchée, le souffle communiqué comme pour réanimer rendre l’âme, le coeur. Deux oeuvres qui marquent sa recherche et sa recherche passe par les libres chemins. Sur une large partition, un cercle chargé de notes, de faisceau d’ombres, comme un réservoir, un étang sous la lune griffé d’ombres, des plages, des jardins cernés de traits rapides. La partition est un paysage aux lignes courbes, aux horizons recomposés. - Une écoute nouvelle... Voixi ce que je voudrais provoquer. Les trois visages de cette recherche : - Dans le domaine du rythme. Un rythme extra-humain qui ne découle pas du rythme cardiaque - comme souvent dans la musique occidentale - les tempi sont extrêmement rapides. Ils sont issus d’une conception cosmique du rythme oriental et de la formidable technicité du 20e siècle... Une alliance accomplie, consenti, entre les voix de l’avant-garde et l’Orient profond. - La fréquence suspensive - le non tempérament - dont la hauteur de chaque son est en constante mobilité par micro-intervalles, ce qui donne une inquiétude permanente : voire l’inévitable contradiction. Le but de cette recherche est de faire réagir celui qui écoute, de le bousculer, de l’amener aussi, doucement, vers un nouveau seuil. Ainsi le monde sonore lui parvient-il différemment. C’est là peut-être ce qui toucha Messiaen lorsqu’il dit à propos de Dao (qui reçut cette année le prix de composition Messiaen organisé par la fondation européenne de la Culture, prix Erasme) " la musique de Dao est actuellement la plus avancée... " - Enfin le troisième volet de cette recherché : le silence méditation. C’est une autre mesure de temps : on respire, on prend le temps de méditer devant l’apparition de la musique, l’événement d’un son, une architecture de sons. Une image me vient : un bonze qui prie a le temps de méditer, d’entendre la voix intérieure en lui. Le temple peut brûler, il est toujours penché sur ce son en lui, le moi... Gio Dong que chante Dao - dont la tessiture est étendue - part de la technique vocale pure de l’Orient. - Certaines techniques vocales actuelles, certaines oeuvres se réclament de l’Orient - la recherche du son en soi, l’improvisation - mais demeurent au stade de l’exotisme. Les textes de Gio-Dong sont extraits des plus beaux écrits de la littérature vietnamienne classique et contemporaine. Chaque mot est préparé par un climat vocal. La pensée musicale est profondément liée au texte, à la force du mot, au symbole qu’il recouvre. Je tente là une sorte de polyphonie pour un seul exécutant... Ba Me Viet-Nam pour contrebasse principale et cinq groupes autonomes de rythme, tempo et timbre... C’est une musique difficile à diriger. Seuls sont employés les registres suraigus et très graves. En exergue à Ba Me Viet-Nam " la Mère Viet-nam " : " Ensemble quarante siècles combattent " Au coeur de Dao son pays. Toute sa musique vers lui toujours se tourne. C’est sa voix intérieure qu’il écoute, inlassablement... La montée des percussions, la force drue, c’est la révolution vietnamienne. Combat - 29.06.74

SOIREE DAO CHEZ CARDIN
Musique engagée Soirée vietnamienne à l’Espace Cardin où Nguyen Thien Dao, conforté par la présence de l’ambassadeur de la République démocratique et de nombreux compatriotes, nous offrait en création mondiale sa dernière composition " Phu-Dong ", et en première audition en France " Ba Me Vietnam ", une oeuvre datant de 1972. A Paris depuis vingt ans, élève du Conservatoire et disciple d’Olivier Messiaen, révélé au Festival de Royan 69, Nguyen Thien Dao n’a pas pour autant arraché ses racines extrême-orientales, ni laissé tarir ses sources originales d’inspiration. Ni écartelé, ni assimilé. Solitaire. Et solidaire, ajoute-t-il, de son peuple et de son temps. " Phu-Dong " est, au Vietnam, le nom d’un personnage légendaire. L’oeuvre, aléatoire, exige un vaste espace scénique. Au centre, Sylvio Gualda littéralement " encagé " au milieu de toute sa " ménagerie " à percussion. En cercle autour de lui, chacun sur un podium, les solistes du quintette de cuivres " Ars Nova ". Sur un autre podium, Dao en personne, devant des micros, se redressant de toute sa petite taille, image de tribun populaire. C’est sa voix qui donne le départ, d’abord chuchotée, puis répercutée en écho par les autres participants. La parole est traitée par Dao comme matière sonore et d’autant mieux reçue comme telle par nos oreilles occidentales que le sens des mots nous échappe. Puis les solistes interviennent à tour de rôle ou ensemble, extirpant de leurs instruments des sons mais souvent des souffles, des notes filées ou ponctuées, chuchotant une parole ou frappant du talon sur leur podium, tandis qu’au milieu, Gualda-aux-cent-bras s’agite, se démène, se déchaîne, caresse, frotte, frappe, ou manipule cet étonnant géophone si riche en évocations. Dans cette jungle de bruits, de sons, de cris et de chuchotements, l’oeuvre nous envoüte, progressant vers un paroxysme de violence qui s’achève dans une explosion-cri qui nous libère, nous aussi. LE LANGAGE DE LA VIE Après un entracte-débat entre le public, le compositeur et les musiciens, instructif mais un peu long, et qui aurait plus judicieusement trouvé sa place à la fin du concert, la même formation, mais sans le support de la voix du récitant, nous a donné une deuxième version de " Phu-Dong " moins structurée, qui exigeait des solistes une plus grande participation en leur laissant plus de liberté. Avec " Ba Me Vietnam ", retour à une formation orchestrale presque classique, sagement rangée de part et d’autre du pupitre du chef : cordes, cuivres, bois. Plus trois jeux de percussion. Plus une contrebasse principale jouant la récitante. Ici les violons pépiant à l’extrême-aigu, usant fréquemment des glissandi, répondant à la voix grave des violoncelles, là le froissement furtif, reptilien d’une simple feuille de papier, ailleurs les percussions qui se donnent la réplique et achèvent l’oeuvre comme le bouquet d’un feu d’artifice. Nguyen Thien Dao le magicien nous envoûte par ses évocations, nous entraîne dans cette jungle grouillante de cris, de feulements, de rampements, dans cette agitation villageoise au paroxysme de l’angoisse, dans cette attente de l’avion porteur de mort ou dans ce frisson apeuré qui précède ou suit le explosions. Et puis il y a les silences de Nguyen Thien Dao. Ces silences qui veulent nous faire " écouter les nuages " et le frémissement panique de la terre. A quoi bon chercher à discerner la part orientale ou occidentale de cette inspiration. C’est une musique qui parle à l’imagination le langage de la vie. Le quotidien de Paris, 19.12.1974 - Louis Seranne

Un portrait de Dao
NGUYEN THIEN DAO est un jeune compositeur vietnamien. Enfance dans la campagne, où il apprend des anciens à écouter aussi bien les chansons populaires que les jeux du vent, les bruits de la forêt, et le silence. La langue vietnamienne parlée associe aux mots, des hauteurs de son : autant dire qu’elle se " chante ", et le même mot peut varier de sens en variant de couleur, d’accentuation sonore. Dao, compositeur moderne, c’est-à-dire inventeur du langage des sons, possède donc des réponses " naturelles ", différentes de celles des Occidentaux, à la question du " sens " de la musique. Ainsi il aime à jouer les silences " comme si l’on écoutait les nuages ", il demande aux trompettes de jouer " comme s’ils parlaient vietnamien ". Il y a vingt ans, Dao est venu en France. Déconcerté par le leçons d’harmonie et de contrepoint, notions qui n’ont pas de " sens " pour un Vietnamien, il doit à Olivier Messiaen de lui avoir facilité la double compréhension des mondes sonores d’Orient et d’Occident. Vendredi dernier, à l’espace Cardin, devant un nombreux public vietnamien, en présence de l’ambassadeur de la République Démocratique du Vietnam, Dao parle de sa musique, de la place de la musique d’avant-garde dans la culture, du rapport des textes à la musique. Il prépare pour Royan une oeuvre sur des textes de Ho-Chi-Minh et Lénine. L’ensemble Ars Nova joue sous sa direction deux oeuvres. " Ba Me Vienam " pour contrebasse et vingt instruments : écartèlement des objets sonores entre groupes autonomes, la règle étant l’opposition systématique très lent à très rapide, très aigu à très grave, pour ménager ces extraordinaires plages de silence entre les éclats dont la tension est l’une des grandes richesses de la musique de Dao. " Phu-Dong " est une oeuvre de semi-improvisation classique, le chef organisant les durées écrites, les interprètes choisissant les parcours possibles. L’Humanité, 19.12.1974 - Jean-Louis Martinoty Festival Dao chez Cardin. Comment ne pas être touché par ce Vietnamien occidentalisé par les soins d’Olivier Messiaen, par ce Parisien qui passe ses journées à retrouver (en musique) les sources vives des traditions musicales vietnamiennes. Dans Phu-Dong ou dans Ba Me Viet-Nam, quelle force suggestive, quelle mystérieuse poésie à la limite du chuchotement, du murmure, de l’inaudible ! A l’heure où le choc des cultures provoque tant de malentendus et d’oeuvres bâtardes, l’exemple de Dao prouve qu’un musicien oriental respectueux de son passé peut utiliser aussi le vocabulaire de nos écoles européennes. Dao ne cherche pas à opérer une synthèse contre contre-nature. Il associe naturellement l’héritage et l’outil nouveau. Le résultat est superbement musical (vendredi 13 décembre). Panorama de la Musique, Janvier-Février 1975 - Claude Samuel

Entretien pour faire connaissance avec Nguyen Thien Dao Sur " Antenne 2 ", mercredi 16h 20 : Silvio GUALDA joue " May " Un Vietnamien. Un compositeur. En deux mots c’est le portrait de Dao. Un homme engagé dans toutes les luttes de son pays, à sa place en tant que compositeur et ambassadeur très extraordinaire de l’art moderne vietnamien à travers le monde. On savait depuis longtemps que Olivier Messiaen avait un élève vietnamien qui tentait la symbiose de la technique musicale " d’avant-garde " européenne et de la pensée musicale vietnamienne. Mais au Festival de Royan en 1969 on découvrait l’un des jeunes compositeurs les plus importants d’aujourd’hui, et les plus originaux. A l’heure de la guerre comme à celle de la reconstruction du pays, il a eu, il aura la tâche d’inventer la musique contemporaine au Vietnam. - L’influence des événements politiques du Vietnam est constante dans ton oeuvre. Qu’écris-tu maintenant à l’heure de la victoire - J’écris Giai-Phong, Libération, une commande de Radio-France pour quatre orchestres en carré, en trois parties : Folie du monde capitaliste et sa destruction ; révolution ; libération. Il était normal qu’éclate aussitôt dans ma musique cet immense soulagement, ce bonheur qu’a été la libération du Vietnam. Je peux dire que, venu faire mes études à 13 ans en France, c’est la Révolution qui m’a aidé à ne pas quitter le Vietnam et a commandé toutes les décisions de ma vie. - En tant que compositeur, tu es un peu considéré comme un représentant de l’art contemporain vietnamien à travers le monde. N’es-tu pas aussi l’un des premiers compositeurs d’Extrême-Orient à vouloir créer un langage moderne original - Il s’est trouvé, de par mon activité artistique " protégée " en France alors que le pays était en guerre, que j’ai été l’un des rares Vietnamiens à pouvoir garder le contact avec la " technologie artistique " moderne ; c’était un problème très difficile que de trouver le point de contact entre ma civilisation et cette technique. Toute ma musique s’explique à partir de cette recherche. Mais, par voie de conséquence, nos oeuvres viscéralement attachées aux grandes luttes du pays, et largement diffusées dans le monde entier, devenaient, des U.S.A. à Tokyo, l’une des manifestations d’existence d’une expression artistique proprement vietnamienne. Ainsi j’ai été joué à la Fête de l’Huma en 1973, à Royan en 1975 (Ca Mathita, sur le testament d’Ho Chi Minh), etc. En pleine intervention américaine au Vietnam, j’ai été invité à l’université de Pittsburgh, ce qui a créé des incidents politiques, le New York Times prenant parti pour moi. Mais il y a eu aussi des censures politiques, aux U.S.A. encore sur une chorale française pour qu’on ne joue pas mes oeuvres, et tant d’autres... Ainsi mon activité de compositeur a-t-elle pris tout naturellement une certaine valeur politique (1). Mais c’est aussi la " modernité " de mon écriture qui a permis, ou justifié, cette utilisation. J’ai peut-être ainsi contribué à ce que d’autres compositeurs, même d’autres pays, puissent créer une mosaïque profondément originale, " autochtone ", en s’appropriant de nouvelles techniques. - Comment se pose aujourd’hui la question de l’existence d’une musique contemporaine au Vietnam - Il y a, bien sür, actuellement des ordres d’urgence. Mais la question est déjà posée. C’est paradoxalement la libération plus rapide que prévue du Sud qui a annulé, en raison des nouveaux problèmes posés, mon voyage à Hanoi à l’incitation de l’Union des compositeurs. Gérard Guillaume devant tourner un film à cette occasion. Il faut bien comprendre que tout sera à créer, les instruments, les interprètes, les écoles. Pour l’instant je continue donc mon travail ici, dans le même esprit que toujours. On donnera bientôt Bao-Gio, pour deux pianos et percussions, Silvio Gualda doit enregistrer May (et une oeuvre de Xenakis). Je prépare en même temps que Libération un opéra sur Nguyen Trai Le, le grand héros vietnamien qui inventa la guérilla contre les féodaux. - Silvio Gualda joue de larges extraits de May, pour percussion. On y entend, selon une expression qui t’es chère, les " instruments parler vietnamien "... - Oui. J’ai gardé intact tout le trésor des perceptions de la nature vietnamienne, et c’est cette organisation du monde sonore spécifique à la pensée vietnamienne que je fais passer dans les instruments. Chez nous, le même mot change de sens selon sa hauteur sonore, c’est dire l’importance de la signification du son. J’entends les nuages, j’entends la terre. Dire le Vietnam, à l’heure où il se bat comme à l’heure où il se reconstruit, c’est mon travail de compositeur vietnamien. Propos recueillis par Jean-Louis MARTINOTY (1) Rappelons le concert organisé à la Mutualité, " Pour le Vietnam ", cinq jours avant la prise de Saïgon. Les plus grands compositeurs et interprètes, à l’appel de Dao, avaient apport leur concours bénévole. Jacques Le Trocquer donnera le 24 à Aubervilliers, une oeuvre de Dao pour flûte seul qu’il vient de jouer au Festival de Berlin-Est. Voilà Nguyen Thien Dao et son " Mau va hoa ", une pièce qui révèle une profonde nécessité à l’image d’une âme grave et meurtrie mais à qui l’espoir n’est jamais étranger. Dao prouve un grand tempérament de chef d’orchestre : gestes impérieux, large vision du spectre sonore, quelque chose d’intuitif et de serin. Grâce à son magnétisme, Dao dessine les sentiers personnels d’un éclatant cheminement. Les rencontres de La Rochelle, 06.07.77 - Florence Mothe

Nguyen Thien Dao Bruits et sons d’un paysage imaginaire Un récent reportage d’Alain Wasmes avait introduit auprès de nos lecteurs Nguyen Thien Dao, compositeur vietnamien de 37 ans, considéré en France (où il a fait ses études musicales) comme l’un des premiers compositeurs de sa génération, et au Vietnam (où il vient de retourner) un peu comme le " père " de la musique contemporaine vietnamienne. Gia Phong (Libération) composé en 1975-1976, récemment exécuté au cours des Concerts de Radio-France, est articulé en trois tableaux : I. Folie du monde. - Solitude (L’homme construit des cités géantes et sa solitude est à leur mesure). - Autodestruction. II. Révolution et création (Ho Chi Minh). III. Le chant des roseaux (Nguyen Trai rêvant dans une grotte de Con Son au milieu des roseaux). L’oeuvre est inspirée par les écrits, et dirait-on, la " présence " de trois des grands héros du pays : Nguyen Trai (homme d’Etat, littérateur, tacticien, le génie politique le plus complet du Vietnam, qui vécut au XIVe siècle), Nguyen Du (le plus grand poète du Vietnam 1765-1820) et Nguyen Ai Quoc (qui devait devenir Ho Chi Minh, 1890-1969). La partition comporte quatre groupes d’orchestre (placé en X sur la scène) : groupes I et II, dirigés par un chef ; groupes III et IV, dirigés par un second chef - et un dispositif électro-acoustique comportant modulateur et filtre. Dao a toujours été attentif à la couleur sonore du paysage, crissement des sables, chants des nuages, soupirs du vent, événements musicaux qui l’ont marqué de façon bien plus profonde qu’une sorte d’impressionnisme debussyste, car la reconstruction poétique du climat sonore si particulier au Vietnam lui a servi de monde intérieur, comme on se recroqueville dans un coquillage, dit-il. Avec Libération, il va plus loin encore que dans ses oeuvres précédentes, et particulièrement Phu Dong qui abordait déjà le problème des orchestres dispersés. Ici les échos d’un orchestre à l’autre se font encore plus poétiques, la pièce est tout entière transposition directe, raffinements d’atmosphère, où les silences ont pris des valeurs musicales d’écoute peut-être encore jamais aussi achevées qu’ici. Une bande magnétique, ralentie, ramenée récemment du Vietnam, mêle la voix grave des bonzes aux " fractionnements " des cris des crapauds ; c’est toute l’image de la pièce : une recherche inouïe d’un réalisme poétique sonore, où le bruit et le son, dans leur valeur musicale, semblent être produits par un paysage imaginaire. La partition de la nature vietnamienne. L’Humanité, 21.05.1977 - Jean-Louis Martinoty

Jeux d’écritures de Dao à Berio
On attendait depuis longtemps la création de Mau Va Hoa, écrit en 1974, prix Messiaen et jamais joué faute de grand orchestre. Et il y en a 3 à ce festival : l’Hilversum, le philharmonique de Lorraine et l’Ensemble Intercontemporain. Mau Va Hoa appartient à une période austère de l’oeuvre de Dao, vaste étude pour orchestre caractérisée par une impressionnante séquence fortissimo, formidable onde de choc par augmentations, un véritable coup de poing. Grande respiration au raffinement très contrasté, plus riche peut-être de matière que d’autres oeuvres plus récentes, il lui manque cependant la couleur nostalgique vietnamienne des " images pour orchestre " que sont Thu Dong ou le récent et inoubliable Giai Phong joué à Radio-France. Au même concert de l’excellent orchestre d’Hilversum (qui sera à Lyon le 8) Michel Tabaschnik dirigeait une de ses compositions, " Imaginaire ", vastes turbulences orchestrales tournant dans la salle comme des orages indomptés. L’Humanité, 07.07.1977 - Jean-Louis Martinoty

Valeurs consacrées à La Rochelle
Autre création mondiale, mais cette fois par l’Orchestre philharmonique de la radiodiffusion néerlandaise, Mau Va Hao (1974), de Nguyen Thien Dao, est un manifeste sonore, tour à tour violent - par blocs serrés, incisifs - et raffiné qui respire, avec un sens aigu des rapports soli-tutti employés les uns et les autres dans leur maximum d’intensité, grâce à un parti pris d’économie et de concentration. Le Monde, 6 juillet 1977 - Gérard Condé

Le diable dans la rivière
L’oeuvre de Nguyen Thien Dao, " Mau Va Hoa ", c’est, avec un peu d’imagination, le diable dans la rivière. Tout y est, depuis le crépitement des sauterelles et le bruissement des moustiques jusqu’à l’éclatement de l’orage. Cette partition, qui semble écrite pour le cinéma et qui manifeste une belle maîtrise d’écriture, était dirigée par Dao lui-même, petit démon déchaînant des apocalypses avec des grâces de papillon. Le Figaro, Jeudi 7 Juillet 1977 - Pierre-Petit à La Rochelle


Salle Favart, My-Chau Trong-Thuy Opéra vietnamien de Nguyen Thien Dao Création. Première : 7.12.1978 Représentation de référence : 7.12.1978 Dir. mus. Marius Constant ; m. sc. Nguyen Thien Dao, déc. et cost. Le Ba Dang Le roi : Udo Reinemann ; le prince : Anna Ringart ; la princesse : Christiane Château Coproduction : Opéra de Paris - Ensemble Ars Nova.

Un opéra vietnamien Salle Favart, pourquoi pas La musique est universelle, même lorsqu’elle se teinte de colorations locales qui ne nous sont pas forcément accessibles. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment le cas de cette oeuvre, signée Nguyen Thien Dao, l’un des " élèves préférés " d’Olivier Messiaen. Cette écriture verticale qui ne dédaigne pas de recourir, à l’occasion, à des effets vocaux tels que les " cocottes " (on croit entendre, un moment, l’air des clochettes de Lakmé) n’a pas de quoi dérouter l’auditeur occidental. Peu de dépaysement dans tout cela, sinon, peut-être, au niveau de l’utilisation des percussions. Ce qui, en revanche, étonne, c’est ce que l’on voit Ici, ce sont les éléments scéniques (Le Ba Dang : très intéressant) qui bougent, alors que les acteurs sont la plupart du temps immobiles. Et comme on ne comprend pas un traitre mot du texte, qui est chanté en vietnamien, il est difficile de participer. C’est ici qu’il aurait fallu prévoir un sous-titrage comme dans Mots croisés de Claude Prey, ou, ce qui eût été mieux encore, une présentation du texte - en français - par des comédiens. Comme rien de cela n’a été fait, la pièce tombe à plat, et c’est grand dommage. Il n’en faut pas moins saluer au passage l’effort de mémorisation accompli par les interprètes du chant : Udo Reinemann ; Anna Ringart et Christiane Château. L’oeuvre a beau être courte, c’était une belle performance que d’en apprendre le texte en vietnamien ! La soirée était complétée par deux oeuvres chorégraphiques de Marius Constant : les chants de Maldoror et Formes. Deux tentatives d’instaurer de nouveaux rapports entre la danse et la musique. Dans la première, c’est le danseur (Alain Bogreau) qui dirige l’ensemble instrumental Ars Nova en déterminant par ses gestes les séquences jouées par les musiciens. Dans la seconde, dansée par Ghislaine Thesmar et Jean-Pierre Franchetti, c’est la chorégraphie (Roland Petit) qui est fixe et les musiciens qui improvisent. Tout cela ne manque pas d’intérêt, mais les choses évoluent si vite en ce domaine qu’on peut craindre que ce genre d’exercice ne soit déjà quelque peu dépassé. Reste la musique de Marius Constant (au moins dans Maldoror). Assurément ce qu’il y a de meilleur. Opéra International, Janvier 1978 - Comptes-Rendus - Jean Goury

Avec le compositeur vietnamien Nguyen Thien Dao, les choses ne traînent pas ! En trente-cinq minutes, il a fait périr les trois héros de l’opéra que lui a commandé Rolf Liebermann. Un mini opéra Plutôt un concentré d’opéra. L’action y est réduite à l’épure mais les sentiments portés à leur paroxysme. En deux actes et cinq tableaux, Dao nous conte l’histoire d’un roi vietnamien en l’an 180 avant Jésus-Christ, qui doit sa puissance à une arme secrète - un arbalète équipée de dix flèches de bronze. Il a aussi une fille qu’un prince chinois, fils de son ennemi, épouse à seule fin de percer le secret du roi. La jeune femme se laisse fléchir, provoquant la défaite des armées de son père. Celui-ci la blesse mortellement avant de se suicider. C’est alors que le prince revient vers son épouse agonisante, jette le masque et confesse son amour. Trop tard ! il se fait hara-kiri. Nous pourrions être en plein " mélo ". La mise en scène hiératique que le compositeur a empruntée au théâtre traditionnel de son pays et les décors du peintre La Ba Dang, servent de garde-fous. L’action se déroule à la manière d’un rituel oriental. La vie et le mouvement viennent uniquement de la partition. Presque exclusivement occidentale, celle-ci témoigne, sous la baguette précise de Marius Constant, d’une incontestable richesse rythmique et sonore. Mais c’est surtout dans l’écriture vocale que Dao révèle un authentique tempérament lyrique. Il est servi par un admirable trio de chanteurs... " LE FIGARO, 9 décembre 1978 - Jacques Doucelin

" Et il y eut surtout la création d’un opéra vietnamien de Nguyen Thien Dao, un musicien d’aujourd’hui d’une portée universelle, dépassant largement les frontières de son pays. Son oeuvre, My Chau Trong Thui - ce sont là les noms propres des héros, - est d’une force, d’une beauté extraordinaires. L’orchestre, c’est surtout de la percussion ; mais le chant - il y a trois personnages - est émis à l’européenne sur un texte vietnamien, et c’est une synthèse musicale et humaine bouleversante de deux immenses civilisations. L’histoire : un chant d’amour et de mort, un chant humain de partout et de toujours ". DIAPASON LYRIQUE, Décembre 1978 - Antoine Goléa

" ... une partition riche et lyrique, une mise en scène naïve (réglée par le compositeur) le tout dans un décor agressivement hétéroclite du peintre vietnamien Le Ba Dang... " LE MATIN, 12 décembre 1978

" Elève d’Olivier Messiaen, révélé en 1969 par le Festival de Royan, Nguyen Thien Dao, né à Hanoi il y a trente huit ans, mais parisien depuis 1953, est sans conteste l’un des compositeurs les plus doués de sa génération, un des plus personnels par ses origines, et la création de son opéra, salle Favart, " My Chau Trong Thuy ", commande de Rolf Liebermann, constitue un événement passionnant. Passionnant parce qu’il est rare à notre époque qu’un jeune compositeur ait le courage d’écrire un véritable opéra lyrique et que ce premier ouvrage aux étranges résonances vietnamiennes ouvre la voie à bien des possibilités. Car " My Chau Trong Thuy ", noms des deux héros de cette légende ancestrale, combine les techniques vocales asiatiques avec l’écriture instrumentale contemporaine. Et renouvelle par là même les deux genres. L’opéra de Dao a été unanimement acclamé à l’issue de sa première représentation pour le charme de son lyrisme et la puissance dramatique du commentaire orchestral. Il n’est pourtant pas d’un accès facile, et la langue vietnamienne dans laquelle il est chanté, comme les longs silences-méditations ou les fracassantes percussions succédant aux murmures les plus doux et aux gazouillis des choeurs, pourraient dérouter plus d’un spectateur ". L’AURORE, 9 décembre 1978 - René Sirvin

" ...s’il n’est pas aisé de se passionner pour une histoire aussi schématique, du moins la musique de Nguyen Thien Dao touche-t-elle par sa sincérité et sa fraîcheur : longs récit et duos lyriques d’une écriture très livre, souvent en vocalises atonales et roucoulantes aux larges écarts, orchestre discret aux sonorités rares, souvent réduit à de simples ponctuations de percussions mystérieuses, la musique se concentre ainsi dans l’expression intime de chanteurs qui sont parvenus, malgré la difficulté de chanter en vietnamien, à rendre sensible l’émotion du compositeur : Christiane Château, la princesse au tendre chant de rossignol, Anna Ringart, dans le r ôle travesti du prince chinois, et Udo Reinemann, dont les accents dramatiques de grand interprète de lieder donnent au roi vietnamien une stature particulière. Dans les décors en noir et blanc de Le Ba Dang, avec d’assez belles formes abstraites, évoluent des arbres et un bateau qui projettent sur la toile de fond des ombres changeantes ainsi que des costumes métalliques des personnages aux brillantes couleurs, savamment orchestrées par les lumières de John Davis. la mise en scène de Nguyen Thien Dao obéit à une stylisation rigoureuse. LE MONDE, 9 décembre 1978 - Jacques Lonchampt

" Son vrai sens ici n’est pas révélé par les mots mais par la puissance de la musique. Celle de Dao en a. Cet excellent élève de Messiaen a une personnalité d’une force rare dans l’anonymat généralisé de la création contemporaine. Sa musique est d’un lyrisme immédiat, simple mais efficace, ne reculant pas devant les gros effets : coups de gong, timbales, percussions en tout genre. Le meilleur son sens intense du rythme... " FRANCE-SOIR, 9 décembre 1978 - Jean Cotté

" Ce rêve, cher à Dao, écrire un opéra, enfin réalisé Salle Favart, permet à cette écriture si lyrique en soi du compositeur vietnamien de s’épanouir dans les arabesques vocales, dans les chants d’amour d’une délicatesse et d’un raffinement quasiment inconnus dans la musique contemporaine pour le théâtre. Le duo final où les deux amoureux descendent lentement dans la mort, flotte sur des vagues de percussions, des bruissements comme échappés de la forêt. L’orchestre n’est plus que souffle. Dao, dès ce premier essai, découvre un sens de la poésie, de l’atmosphère lyrique, de l’émotion, qui fait souvenir, alors que les trois personnages meurent, que l’opéra c’est aussi le " mélodrame ", c’est-à-dire au meilleur sens et étymologiquement, un " drame musical ". L’HUMANITE, 19 décembre 1978 - Jean-Louis Martinoty

Créations à Metz La fantaisie et les idées Nguyen Thien Dao (1940), à en juger par le nombre de ses créations récentes, fait preuve d’une activité intense et, semble-t-il, toujours avec le même bonheur Hoang Hon, cycle de quatre mélodies pour soprano et orchestre sur des poèmes de Nguyen Trai, est traité comme quatre variations presque sans solution de continuité, avec des rappels de timbre : cordes dans le suraigu, voix rauque et profonde du contrebasson, et liées entre elles par une ligne vocale directement expressive, dont Yuni Nara donnait avec interprétation toute d’intériorité et de puissance contenue. LE MONDE, Paris II, 29 novembre 1980 - Gérard Condé

" Ecouter-Mourir ", à Avignon : un vrai et beau spectable lyrique Réalisé en coproduction avec l’Opéra de Lyon, " Ecouter-Mourir " de Nguyen Thien Dao, que le Festival d’Avignon vient de créer avec très grand succès, au Cloître des Célestins, n’a aucun rapport avec l’hybridité du théâtre musical. Il est annoncé comme un opéra en deux actes, en français, et il en offre tous les caractères. Ainsi, il est prouvé que cette forme un peu trop vite qualifiée de défunte, conserve bien son pouvoir - ce dont nous ne doutions pas, on pourrait citer d’autres exemples. Qu’elle est disponible et qu’elle demeure parfaitement ouverte, modelable ; qu’il n’est nul besoin d’avoir l’esprit académique pour s’en servir. Que le chant et la musique gardent leur place. Evidences... " Ecouter-Mourir " est d’ailleurs un conte dont la musique est le sujet réel : une princesse a écouté un instrument aux sons magiques. Il appartient à l’homme qui l’a délivré d’un dragon. Un marchand se fait passer pour le héros auprès du roi qui a promis la main de sa fille à qui l’arracherait au démon. La supercherie découverte, l’usurpateur n’en sera pas puni pour autant. La princesse, elle, ne souhaite que retrouver et entendre l’instrument magique et l’homme à qui elle l’a assimilé. Après être tombée malade, elle les retrouve, pour comprendre qu’elle n’aime pas l’homme, mais seulement sa musique. " Elle reste indéchiffrable et perdue dans son monde intérieur ". Argument simple, intelligible et qui le reste scéniquement, d’où naissent des thèmes profonds, plus complexes. Vietnamien, le compositeur Nguyen Thien Dao - qui dirigeait lui-même - auteur aussi du livret, tenait là un moyen de réunir Orient et Occident. Les costumes, les maquillages, une énorme tête de dragon - les uns et l’autre dus à Heinz Balthes - sont là pour opérer le dépaysement et créer le mystère visuel. La synthèse est à rechercher dans une écriture musicale qui ayant totalement assimilé une technique au sens large la plie à une imagination, à une pensée où le temps, les rythmes, les phénomènes de répétition, les modes, les lignes mélodiques ont des implications différentes. Le radicalisme du mot " synthèse " ne convient finalement que comme un signe de volonté. Peut-être vaut-il mieux parler d’imprégnation, d’influences réciproques, d’interrelations même ! Quoi qu’il en soit, la partition est très belle, parfaitement théâtrale, c’est-à-dire suivant le rite du spectacle et l’animant. Des groupes de percussion - ceux de l’Ensemble Français de Percussion, avec en soliste le toujours extraordinaire Sylvio Gualda - sont disposés en cinq points. Les effets de ces sonorités tombant des hauteurs du cloître sont souvent somptueux. Par leurs couleurs, leur volume, leur puissance nerveuse, l’impression de déferlement qu’ils procurent, ou au contraire par la finesse de leur texture. La percussion gagne là de nouvelles lettres de noblesses. Sur le même plan et quelque peu amplifié par un haut-parleur, en quintette à cordes - de l’Orchestre de Lyon - intervient en séquences transparentes, sensibles, lyriques à leur tour. Sensibilité est ici une note maîtresse. Mais une sensibilité vaste qui dirige parfaitement le chant à ces divers niveaux psychologiques. Si le sommet de la tessiture est atteint par la colorature, Louise Lebrun qui incarne l’instrument magique, au chant suraigu, parfois mécanique comme certaine poupée hoffmanienne, lancinant, qui ouvre et conclue l’oeuvre, le sommet expressif est justement confié à celui de la Princesse, une Rosanne Creffield, soprano remarquable, sinueux, souple, lent, émouvant et douloureux, avec ou sans paroles, mélopée mystérieuse et rêveuse. Alain Fondary, baryton, a un r ôle, celui du marchand, heurté et plus brutal conforme à ce qu’il symbolise dans l’opéra : il est la traîtrise et la démagogie, le dictateur. Il n’est ni détruit ni puni... L’homme à l’instrument magique, la basse Pierre-Yves Le Maigat, la Suivante, la mezzo Anna-Marie Grain, la mère du marchand, l’alto Gisèle Ory, et le roi Frantz Petri, basse (n’oublions pas les voix des choeurs de Radio-France), témoignent par leur partie vocale du soin du compositeur mis à faire percevoir, même dans des interventions modestes, d’utiles nuances théâtrales. La mise en scène de Jean-Louis Martinoty est à elle seule une interprétation. Par la justesse des attitudes, des gestes, des mouvements de groupes, par l’utilisation générale des lieux, l’invention et le goût dont elle fait preuve : la gueule du dragon à la fois prison et refuge (l’ambivalence de la fascination musicale ), ces jeux d’ombres derrière un tissu rouge déroulé par les Princesses, sur fond lumineux d’une porte ouverte sous une arche, le rôle du peuple joué par des enfants - devant un modèle réduit de la promenade du cloître - ce qui donne une dimension de géants aux acteurs et à la " mythologie ", ce tissage d’un fil rouge entre l’homme et la princesse et sur lequel cette dernière est prise au piège... Ainsi est ressentie au niveau scénique comme dans la musique, l’obsession et le retrait progressif de l’héroïne dans son isolement, dans son " abstraction ". Bien proportionné dans l’ensemble, l’ouvrage pèche peu par sa longueur dans la dernière partie - le duo entre la princesse et l’homme, avec la participation de la coloratur - instrument magique. C’est dommage. Cela dit, voilà une oeuvre vraie et riche. De ce point de vue, " Ecouter-Mourir " porte mal son titre : cet opéra serait plut ôt régénérant. Le Méridional, Dimanche 27 juillet 1980 - Georges Gallician

Un vietnamien de France au Théâtre musical d’Avignon Ecouter-mourir " Ce lieu est maudit ! " Le cri de Wozzeck résume à lui seul la fascination que Berg porta au plus haut point en un opéra si intimidant que peu ont su, depuis le début de notre siècle, conférer au genre cet effroi sacré. Le compositeur autrichien fixait ainsi l’essentiel d’un art qui, par l’alliance du théâtre et des sons, introduit le spectateur dans un espace proche du " lieu terrible " dont parle la Bible. Avec des moyens fort simples, une densité, et une économie sans doute comparables, le Vietnamien Nguyen Thien Dao lance maintenant le ré bémol qui ouvre Ecouter-Mourir. Une simple note autour de laquelle les cordes - cinq instruments - et tous les raffinements de la percussion volt développer la musique. On sait alors que les personnages n’échapperont pas au pouvoir qui a fait naître, puis autour duquel se déroule leur drame et qui subsiste quand les voix se sont tues. L’opéra s’achève sur ce même ré bémol, seul, à l’extrême grave " jusqu’au départ du dernier spectateur ". Ecouter, c’est mourir... Un duo à trois S’inspirant d’un conte extrême-oriental, Nguyen Thien Dao a lui-même conçu la parabole qui sert de support à son opéra. " La musique est ", précise-t-il ; " de même que nul ne voit Dieu sans mourir, de même nul n’entend la musique sans mourir. " Captive d’un démon, la princesse est sauvée par un musicien dont l’instrument a des sons magiques. Un marchand se substitue à cet homme, obtenant la main de la princesse. A nouveau malade, la jeune femme rencontre encore le musicien. La musique s’élève, mais c’est cette musique - et elle seule - qu’aime la princesse. " L’homme mourra d’amour pour la femme qui ne pouvait mourir d’amour que pour la musique. L’instrument magique est la plus aiguë de toutes le voix humaines : la voix de " colorature. L’homme, lui, chante d’une voix de basse, tandis que Dao attribue le soprano à la princesse et le registre de baryton - proche de la voix parlée de l’histoire humaine - au marchand. Toutes les autres musiques, que d’autres musiciens tenteront de jouer pendant le déroulement de la légende, seront des " musiques silencieuses ". Ainsi ordonlée, l’œuvre semble un immense " duo à trois ". Le compositeur n’emploie, certes, l’expression que pour l’impossible chant de l’homme et de la princesse, sans cesse entravé - ou magnifié, comme on voudra, - par la voix de l’instrument. On peut cependant étendre cette formule à la logique même de son opéra où s’exprime une pensée aussi orientale qu’occidentale. Né en 1940, à Hanoi, Dao vit depuis longtemps en France où il a travaillé, auprès d’Olivier Messiaen, au Conservatoire de Paris. Il a donc une façon bien à lui de revendiquer notre héritage, car il entend la musique d’Occident avec une oreille d’Oriental pour qui l’insoluble choc du " tonal " et de l’ " atonal " n’a pas le moindre sens. Il en résulte un emploi extrêmement clair de la voix et une véritable magie de l’orchestre. Les lignes rivalisent de précision, de richesse. Elles forment pourtant toujours un ensemble logique où l’effet de masse, la violence, la nature brute du son ne deviennent jamais confus. Dao joue tout le temps sur les oppositions, y introduisant sans cesse ce troisième terme qui - sans jamais résoudre un conflit dont l’issue nous échappe - n’en multiplie pas moins toutes les nuances masquées sous l’apparence sommaire des deux forces. C’est le dualisme qui rend son oeuvre aisément accessible et l’insaisissable présence tierce qui l’ouvre aux multiples nuances des autres rives. Suscitée par le Théâtre musical d’Avignon, - coproduction du Festival ; de l’Opéra de Lyon et de France-Culture - Ecouter-Mourir, s’annonce comme une oeuvre majeure de la création contemporaine. Ce sont Jean-Louis Martinoty et Hein Balthes qui en assurent, la mise en scène et les décors. La Croix, 25 juillet 1980 - J.-M. de Montremy

L’Islande en Dao majeur Invité-vedette d’un festival de musique contemporaine mi-février à Reykjavik, le Sextuor à cordes du Nord-Pas-de-Calais. Six archets passionnés et passionnants. Très applaudis pour leur dernier " tube ", un concerto de N’Guyen Thien Dao, créé à Lille l’automne dernier. Il faut dire qu’ils ont fière allure, les six archets lillois, en queue de pie et souliers vernis, emballant à la fois l’Orchestre national d’Islande et son public, si fidèle, si expansif, le temps de quelques bonnes feuilles de musique vivant. Le Sextuor vient de donner le concerto 1789 L’Aurore, du compositeur franco-vietnamien Dao. Une oeuvre créée à Lille l’automne dernier, une oeuvre à nulle autre pareille, sorte de long murmure secoué d’éclats et pour lesquels les cordes font merveille. Un enchantement, nous disait cette islandaise, dans un français impeccable... En Islande, visiblement, on aime bien le contemporain. Le théâtre est souvent d’avant-garde, l’art moderne est jusque dans la rue, la musique est créée par de très jeunes compositeurs et jouée aussitôt, souvent, partout. Chaque année, à Reykjavik, un festival fait la part belle à la création dans l’air du temps. Nord Eclair, 27.02.1991 - Guy-Pierre Eloire

AVIGNON : des sons métissés L’Orient extrême dans une musique d’Europe " Ecouter-Mourir ", opéra en deux actes, livret et musique de Nguyen Thien Dao, direction musicale de l’auteur, mise en scène de Jean-Louis Martinoty, décors et costumes de Heinz Balthes, au Cloître des Célestins. Le silence est un luxe au coeur de la musique. L’opéra de Dao en porte témoignage. Il multiplie les " plans " dans un tissu instrumental pourtant prolixe. " Ecouter-Mourir ", se veut une alliance d’Orient et d’Occident. Orientale, la fable de la princesse muette, éprise de la musique de l’homme qui tua le dragon... Occidentale la partition, axée sur le leitmotiv en ré bémol mais parcourue d’un tourbillon de frissons inspirés par une nature lointaine. L’oeuvre porte l’empreinte du métissage culturel. Elle ne ressortit pas au " Théâtre musical ", cette alliance souvent aléatoire de la parole et du son, mais bien plut ôt elle relève de l’opéra, où les deux sont confondus. A travers l’allégorie se fait jour le projet historique. Le Vietnam, terre natale de l’auteur, en est manifestement l’enjeu. On ne suit pas toujours la parabole dans ses détours, car elle mêle la structure du conte archaïque à une injonction philosophique moderne, un peu sèche. On repère toutefois que le baryton figure les puis trois parties : Folie du monde capitaliste et sa destruction